Nouvelle pollution, les masques non biodégradables et non recyclables

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A Paris, des masques usagés jetés par terre au risque de finir dans la nature ou qui s’égarent dans les poubelles destinées au tri sélectif: ces déchets d’un nouveau type, potentiellement contaminés, inquiètent les collectivités et soulèvent un épineux défi environnemental.

Des masques chirurgicaux jonchent les trottoirs à l’heure du déconfinement, contrecoup de leur port généralisé: si le phénomène reste limité, des municipalités réclament des pouvoirs de verbalisation renforcés.

« On ne peut pas dire que c’est massif », mais les éboueurs municipaux, déjà équipés de protections renforcées, « réagissent fortement. C’est le symbole de ce qu’il ne faut pas (accepter) si l’on veut éviter une nouvelle vague » de l’épidémie, observe Paul Simondon, adjoint à la propreté de la mairie de Paris.

Si les villes peuvent déjà sanctionner d’une amende de 68 euros le jet de détritus sur la voie publique, « avec les masques on doit pouvoir sanctionner beaucoup plus lourdement (…) on a besoin d’une capacité de verbalisation réellement dissuasive », insiste-t-il.

« On en voit dans les caniveaux, sur le bord de mer, beaucoup sur les parkings des grandes surfaces », renchérit Eric Pauget, député (LR) des Alpes-Maritimes, qui propose une amende relevée à 300 euros.

A Lyon, Dominique Lemesle, directeur général délégué chargé des services urbains, juge le problème encore « marginal », tout en confirmant: « Quand certains sortent des transport en commun où le masque est obligatoire, ils s’en débarrassent aussitôt ».

Or l’impact, même à faible volume, peut se répercuter: « les masques négligemment jetés dans les caniveaux (…) bouchent les canalisations d’eaux usées et perturbent les systèmes d’assainissement », tout comme les lingettes désinfectantes jetées dans les toilettes, avertit le Centre d’information sur l’eau (CIEau), émanation des entreprises du secteur.

Tri sur la défensive

Les masques chirurgicaux sont confectionnés à partir de polypropylène, matière thermoplastique très dense… non biodégradable et non recyclable.

Au début de la crise sanitaire, masques et mouchoirs apparaissaient pourtant régulièrement… sur les tables des centres de tri de collecte sélective, en dépit des consignes officielles de les enfermer « dans un sac plastique dédié », conservé 24 heures avant d’être jeté aux ordures ménagères.

« Il y a eu pas mal d’incompréhension, certains pensant que c’était recyclable », explique à l’AFP Marc-Antoine Belthé, directeur du développement chez Veolia Recyclage. « En termes de volume, ça pèse peu par rapport à la masse, mais on a vu arriver d’un seul coup et très régulièrement » ces déchets « porteurs de risques pathogènes ».

« Il y a encore des erreurs. Avec la systématisation de l’utilisation des masques, je crains qu’on y soit confronté encore pas mal de temps », prévient-il.

Certes, les technologies de tri mécanique ont été adaptées pour identifier et isoler automatiquement ces masques, mais ces mécanismes peuvent se trouver dépourvus face aux masques réutilisables en tissu.

Si les consignes semblent désormais mieux respectées, le déconfinement représente un « risque », abonde Fabrice Rossignol, président de la Fédération nationale des activités de la dépollution et de l’environnement (FNADE).  Notamment au travail, où les salariés jettent quotidiennement un ou deux masques: « Il faut qu’il y ait une poubelle ad hoc dans les entreprises ».

Dilemme du tout-jetable

Les inquiétudes environnementales sont aussi là. La décomposition des masques dans la nature prendrait 400 ans et le spectacle de masques échouant massivement sur des plages hongkongaises avait amené des ONG à sonner l’alarme dès mars.

Dans une lettre adressée à Brune Poirson, secrétaire d’Etat à la Transition écologique, le député LREM Damien Adam appelait début mai à « organiser une filière de récupération et de recyclage » pour « assurer un réemploi des masques qui permettrait d’éviter un énorme gâchis de matières ».

Une mission difficile, même si le recours aux masques en tissu diminue l’empreinte environnementale, et que des prototypes de masques biodégradables, encore non aboutis, sont en développement.

Un consortium d’institutions scientifiques, dont le CNRS, étudie d’éventuelles pistes pour décontaminer les masques chirurgicaux en vue d’une réutilisation: passage à l’autoclave (vapeur sous pression) à 121 °C, irradiation par rayons gamma… Des solutions peu accessibles au grand public.

Le dilemme plus général entre impératif sanitaire et souci environnemental devrait perdurer: « Le recours au jetable, dans l’urgence du début de la crise sanitaire, semble se transformer en une nouvelle normalité, sans que la question des alternatives possibles soit posée », déplore l’ONG ZeroWaste.

Paris (AFP)

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